On me pose la question deux fois par mois en moyenne. Parfois en réunion de comité de pilotage, parfois en assemblée générale de copropriété, plus souvent qu'on ne le pense autour d'un café avec un client de longue date. La formulation varie peu : est-ce que l'intelligence artificielle ne va pas, à terme, remplacer le courtier ?

La question n'est pas naïve. Elle vient parfois d'un dirigeant qui a vu son service comptable se transformer en deux ans, parfois d'un DRH dont les équipes ont commencé à automatiser le traitement des notes de frais. Elle vient surtout d'une intuition : ce que je vous achète aujourd'hui, monsieur Devorsine, est-ce qu'une machine ne pourrait pas le faire à votre place ?

Je réponds toujours la même chose. Oui, pour la moitié de ce que je fais. Et c'est une bonne nouvelle.

Ce qu'une IA fait bien

La comparaison de garanties contrat par contrat, ligne par ligne, sur un cahier des charges donné. La synthèse réglementaire d'un décret de quarante pages. La rédaction d'un courrier de déclaration de sinistre. Le rapprochement entre une facture comptable et un appel de prime. Le toilettage d'un fichier de parc automobile pour identifier les incohérences. Tout cela, une IA correctement employée le fait aujourd'hui mieux qu'un courtier débutant, et probablement aussi bien qu'un courtier expérimenté qui n'aurait pas la disponibilité.

Nous l'utilisons d'ailleurs nous-mêmes. Pour préparer un audit, pour rédiger une première version de note interne, pour synthétiser un retour d'expérience client. Le gain de temps est réel et nous le revendiquons : sur certains dossiers, ce que nous livrions en trois semaines, nous le livrons en quatre jours.

« Le métier de courtier n'a jamais été une affaire de produits. C'est une affaire de jugement. Et le jugement, par construction, ne se délègue pas. »

Ce qu'une IA ne fera jamais

Dire à un client : cette garantie, sur le papier, est la meilleure du marché, mais je vous recommande de prendre l'autre, parce que je connais la gestion sinistres de la compagnie et que le moment venu, vous ne voudrez pas avoir affaire à eux. Cette phrase-là, je l'ai prononcée trois fois en mars. Elle suppose une mémoire, des relations, des conversations off, des erreurs constatées chez d'autres clients. Elle suppose un contexte humain qu'aucun modèle ne reconstituera, parce qu'il n'existe pas sous forme de texte.

Dire à un client : je ne signe pas ce contrat à votre place, parce que je trouve que la franchise déductible est trop élevée pour votre niveau de trésorerie. Cette phrase-là engage. Elle suppose qu'on a regardé les comptes, qu'on a compris les saisonnalités, qu'on connaît la sensibilité du dirigeant à la prise de risque, qu'on est prêt à porter une responsabilité si le conseil se révèle mauvais.

Tenir une cellule sinistres face à un assureur qui traîne sur un dégât des eaux à 380 000 €. Aller chercher la signature d'une expertise contradictoire à six heures du matin, parce que c'est le seul créneau où l'expert peut se libérer. Décrocher quand un copropriétaire âgé appelle, paniqué, parce qu'il a reçu une lettre recommandée. Ces choses-là ne se modélisent pas. Elles font le métier.

Le bon partage

Je crois que dans cinq ans, un courtier qui n'utilise pas l'IA pour les tâches répétitives sera dépassé. Je crois aussi que dans cinq ans, un dirigeant qui aurait remplacé son courtier par un assistant automatisé aura, statistiquement, perdu de l'argent ou pris des risques qu'il n'avait pas calibrés.

La bonne organisation, telle que je l'imagine et telle que nous l'engageons au Cabinet, c'est une IA qui fait le travail mécanique, et un humain qui fait le travail de jugement. Pas l'un sans l'autre. Pas non plus une cohabitation pieuse : un vrai partage des tâches, assumé, mesurable.

Cela libère du temps pour ce qui devrait toujours avoir été notre cœur de métier : connaître nos clients. Pas leur contrat. Eux. Ce qu'ils construisent, ce qu'ils risquent, ce qui compte.

Si vous avez envie d'en discuter, je décroche au 02 40 69 83 13.