Un indice méconnu aux conséquences très concrètes

L'indice BT01, publié mensuellement par l'INSEE, mesure l'évolution des coûts de construction. Il sert de référence pour l'indexation de nombreux contrats d'assurance dans le secteur du bâtiment : tous risques chantier (TRC), responsabilité civile décennale, dommages-ouvrage. En 2024, le BT01 a progressé de 4,2 %, après +3,8 % en 2023 et +5,1 % en 2022.

Pour un assureur, l'indice BT01 est un outil de calcul. Pour un entrepreneur ou un maître d'ouvrage, c'est une ligne dans un contrat qu'on lit rarement : et c'est là que le risque se niche.

La règle proportionnelle : le piège de la sous-assurance

En assurance construction comme en assurance de biens, la règle proportionnelle s'applique. Si le capital assuré est inférieur à la valeur réelle du bien ou du chantier au moment du sinistre, l'indemnité est réduite dans la même proportion.

Exemple concret : un maître d'ouvrage assure un chantier pour 1 million d'euros en 2022, sur la base du devis initial. En 2025, au moment du sinistre, le coût de reconstruction réel est de 1,12 million (trois ans d'indexation BT01 à 4 % par an). Le chantier est assuré à 89 % de sa valeur réelle. En cas de sinistre total, l'indemnité sera réduite de 11 % : soit 120 000 euros à la charge du maître d'ouvrage.

« La sous-assurance est le premier motif de litige dans les dossiers de construction que nous traitons », confirme la Fédération Française de l'Assurance dans son rapport annuel 2024. Elle concerne près de 15 % des sinistres déclarés.

Comment mettre à jour ses capitaux

La solution est simple en théorie : indexer annuellement les capitaux assurés sur l'évolution du BT01. En pratique, cela suppose une discipline que peu d'entreprises appliquent spontanément.

Pour un contrat dommages-ouvrage, la valeur à assurer est le coût total de l'opération de construction (TTC). Pour un contrat tous risques chantier, c'est le coût de reconstruction à neuf. Dans les deux cas, une clause d'indexation automatique peut être négociée avec l'assureur : elle évite d'avoir à y penser chaque année.

Pour les contrats en cours sans indexation automatique, nous recommandons de procéder à une révision des capitaux assurés au moins une fois par an, idéalement à la date anniversaire du contrat. Le calcul est simple : capital initial × (dernier BT01 connu / BT01 à la date de souscription).

Ce qu'il faut retenir : un écart de 10 % entre le capital assuré et la valeur réelle, c'est 10 % de l'indemnité perdue en cas de sinistre. Dans un marché où les coûts de construction augmentent de 4 à 5 % par an, ne pas indexer ses capitaux, c'est accepter mécaniquement une réduction de sa couverture. Vérifiez vos contrats avant la fin de l'année.