L'essentiel en 3 points
- La responsabilité civile circulation est la seule assurance automobile légalement obligatoire en France : l'article L211-1 du code des assurances impose à tout propriétaire d'un véhicule terrestre à moteur, remorque comprise même non attelée, de garantir les dommages causés aux tiers.
- Conduire sans assurance est un délit puni de 3 750 euros d'amende au maximum (article L324-2 du code de la route), avec une amende forfaitaire délictuelle de 500 euros pour une première infraction et des peines complémentaires possibles.
- Pour une entreprise, l'obligation couvre l'ensemble du parc : voitures de fonction, utilitaires, poids lourds, mais aussi chariots élévateurs, engins de chantier automoteurs et trottinettes électriques dès qu'ils sont susceptibles de circuler.
Définition : qu'est-ce que la RC circulation ?
La responsabilité civile circulation (ou RC automobile) est la garantie qui indemnise les dommages corporels et matériels causés aux tiers par un véhicule terrestre à moteur. Elle est obligatoire en vertu de l'article L211-1 du code des assurances : sans elle, aucun véhicule ne peut légalement circuler. Elle ne couvre jamais les dommages du conducteur responsable ni ceux du véhicule assuré : c'est une assurance des victimes, pas du véhicule.
Concrètement, lorsqu'un véhicule de votre entreprise est impliqué dans un accident, la RC circulation indemnise les personnes blessées et répare les biens endommagés des tiers, dans le cadre protecteur de la loi Badinter du 5 juillet 1985. Pour un directeur de flotte, elle est le socle du contrat flotte : toutes les autres garanties (dommages, vol, incendie, protection du conducteur) sont facultatives et viennent s'y ajouter.
Le cadre légal : qui est concerné, pour quels véhicules
L'article L211-1 du code des assurances
Le texte impose l'assurance à « toute personne physique ou toute personne morale autre que l'État » dont la responsabilité civile peut être engagée en raison de dommages causés à des tiers par un véhicule. La notion de véhicule est volontairement large : tout véhicule automoteur destiné à circuler sur le sol, actionné par une force mécanique sans être lié à une voie ferrée, ainsi que toute remorque, même non attelée. Seuls les fauteuils roulants électriques utilisés par une personne handicapée sont expressément exclus. Le contrat doit également couvrir la responsabilité de toute personne ayant la garde ou la conduite du véhicule, même non autorisée, ainsi que celle des passagers. Les membres de la famille du conducteur et les élèves d'auto-école sont considérés comme des tiers.
Pour une entreprise : un périmètre plus large qu'on ne le croit
L'obligation s'applique à tout le parc, sans considération d'immatriculation ni d'usage principal :
- les véhicules légers, utilitaires et poids lourds, y compris les véhicules de fonction utilisés à titre privé ;
- les remorques et semi-remorques, même dételées ;
- les engins automoteurs : chariots élévateurs, engins de chantier, engins agricoles, dès lors qu'ils peuvent se déplacer par leurs propres moyens ;
- les engins de déplacement personnel motorisés (trottinettes électriques, gyropodes) mis à disposition des salariés : ils sont juridiquement des véhicules terrestres à moteur soumis à l'article L211-1, y compris non homologués pour la route.
La loi Badinter du 5 juillet 1985
La loi du 5 juillet 1985 organise l'indemnisation des victimes d'accidents de la circulation dans lesquels un véhicule terrestre à moteur est « impliqué ». Cette notion d'implication est très extensive : il n'est pas nécessaire que le conducteur ait commis une faute, ni même, dans certains cas, qu'il y ait eu contact. Les victimes non conductrices (piétons, cyclistes, passagers) bénéficient d'une protection renforcée : leur faute simple ne leur est pas opposable, seule une faute inexcusable cause exclusive de l'accident peut limiter leur indemnisation. Pour l'entreprise, la garantie sera donc fréquemment mobilisée dès qu'un véhicule du parc est impliqué, même sans responsabilité évidente du conducteur.
Montants minimaux de garantie
La couverture des dommages corporels est illimitée. Pour les dommages matériels, le montant minimal de garantie est fixé à 1 300 000 euros par sinistre, quel que soit le nombre de victimes, depuis l'arrêté du 16 mars 2022 pris en application de la directive européenne 2009/103/CE modifiée. Ce plancher est révisé tous les cinq ans en fonction de l'inflation. En pratique, les contrats flotte prévoient des plafonds matériels très supérieurs : un poids lourd qui percute un ouvrage d'art peut générer des dommages dépassant largement ce minimum.
Contrôle : la fin de la carte verte et le FVA
Depuis le 1er avril 2024, la carte verte et la vignette d'assurance ont disparu pour les véhicules immatriculés en France. La preuve d'assurance résulte de la consultation du Fichier des Véhicules Assurés (FVA), alimenté par les assureurs et consulté par les forces de l'ordre à partir de la plaque. L'assuré reçoit un « mémo véhicule assuré » valant présomption d'assurance pendant les quinze premiers jours du contrat. Pour un gestionnaire de flotte, ce dispositif impose une rigueur nouvelle : toute entrée ou sortie de véhicule doit être déclarée sans délai à l'assureur, faute de quoi un véhicule réellement assuré peut apparaître non assuré lors d'un contrôle automatisé.
Ce que couvre le contrat
La garantie RC circulation d'un contrat flotte s'articule autour de plusieurs blocs :
- Dommages corporels causés aux tiers : blessures et décès des piétons, cyclistes, occupants des autres véhicules, sans plafond de garantie. C'est le poste le plus lourd en cas de sinistre grave : un dommage corporel majeur se chiffre en millions d'euros de rentes et de frais.
- Dommages matériels causés aux tiers : véhicules adverses, infrastructures, bâtiments, avec un minimum légal de 1 300 000 euros par sinistre.
- Passagers du véhicule assuré : ils sont des tiers au sens de la loi et sont indemnisés, y compris les salariés transportés.
- Préposés et conducteurs, autorisés ou non : la garantie couvre la responsabilité de tout conducteur, même en cas de conduite non autorisée, protection essentielle quand les véhicules circulent entre de nombreuses mains.
- Remorques et semi-remorques : elles doivent être assurées y compris dételées ; un contrat flotte bien construit précise leur sort en stationnement, en manœuvre et en circulation.
Ce que la RC circulation ne couvre pas
Les exclusions et limites principales à connaître :
- Les dommages du conducteur responsable : le conducteur fautif n'est pas un tiers ; ses blessures ne sont indemnisées que si le contrat comporte une garantie protection du conducteur, indispensable dans toute flotte.
- Les dommages au véhicule assuré : la RC ne répare jamais votre propre véhicule ; il faut des garanties dommages facultatives.
- La faute intentionnelle de l'assuré : un dommage causé volontairement n'est pas assurable.
- Certains usages hors circulation : l'engin utilisé strictement dans sa fonction d'outil (une pelleteuse en train de creuser, un chariot en levage statique) relève de la RC exploitation. La jurisprudence distingue la fonction de déplacement, qui relève du régime Badinter et de la RC auto, de la fonction d'outil au travail.
Point crucial : la plupart des exclusions et déchéances (conduite sans permis, alcoolémie, défaut de déclaration) sont inopposables aux victimes. L'assureur indemnise d'abord la victime, puis exerce un recours contre l'assuré ou le conducteur. Une entreprise peut donc se retrouver débitrice de son propre assureur après un sinistre grave : la prévention est aussi un enjeu financier direct.
Comment se calcule la prime
Pour une flotte de 50 véhicules et plus, la tarification quitte la logique du bonus-malus individuel pour une approche statistique du parc. Les principaux paramètres :
- la composition du parc : nombre de véhicules, catégories (VL, VU, PL, engins), tonnages ;
- l'usage : tournées, transport de marchandises, chantiers, kilométrages, zones de circulation ;
- la sinistralité observée : le rapport sinistres sur primes (S/P) des trois à cinq derniers exercices est le facteur déterminant du tarif ;
- le profil des conducteurs et la politique de prévention du risque routier ;
- la structure du contrat : franchises, garanties annexes, mécanismes d'ajustement sur sinistralité.
Un directeur de flotte a donc une prise réelle sur sa prime : chaque point de S/P gagné par la prévention et par une gestion rigoureuse des sinistres se traduit en euros à l'échéance.
Les pièges à éviter à la souscription
Les sinistres les plus coûteux naissent rarement d'un défaut de garantie sur les voitures : ils naissent des angles morts du parc.
- Les véhicules non déclarés : un utilitaire acheté en cours d'année et jamais remonté à l'assureur, un véhicule immatriculé au nom d'une holding, une remorque oubliée. Avec le FVA, ces oublis se voient lors des contrôles. Un état de parc fiable et un circuit de déclaration des mouvements sont indispensables.
- Les engins de chantier et chariots : la zone grise classique. Le chariot qui traverse une voie ouverte à la circulation relève de la RC circulation obligatoire ; le même chariot en levage relève de la RC exploitation. Si l'engin n'est déclaré nulle part correctement, le sinistre tombe dans un trou de garantie.
- La frontière RC circulation / RC exploitation mal cartographiée : les deux contrats sont souvent souscrits auprès d'assureurs différents, avec des définitions qui ne s'emboîtent pas. Chaque engin automoteur doit être rattaché explicitement à l'un ou à l'autre pour chacun de ses usages.
- Les trottinettes et EDPM d'entreprise : mis à disposition des salariés pour les trajets inter-sites, ils sont soumis à l'obligation d'assurance et rarement intégrés spontanément aux contrats.
- Les franchises et sous-limitations enfouies : une sous-limite matérielle sur les poids lourds ou une franchise RC atypique peut transformer un contrat apparemment compétitif en risque budgétaire.
Illustration qualitative : un chariot élévateur qui, en traversant la voie publique entre deux bâtiments, renverse un cycliste. Si le chariot n'a pas été déclaré, l'indemnisation corporelle du cycliste (protégé par la loi Badinter, sa faute simple étant inopposable) sera avancée par le FGAO, qui se retournera contre l'entreprise. Le coût peut atteindre des centaines de milliers d'euros, pour un engin dont l'assurance aurait représenté une fraction infime de la prime flotte.
Le rôle du FGAO en cas de défaut d'assurance
Le Fonds de Garantie des Assurances Obligatoires de dommages (FGAO) indemnise les victimes d'accidents causés par des conducteurs non assurés ou non identifiés, puis exerce un recours intégral contre le responsable. Le phénomène n'est pas marginal : selon le baromètre du FGAO et les données ONISR, environ 515 000 conducteurs ont circulé dans un véhicule non assuré en 2024, et 5,8 % des véhicules impliqués dans un accident corporel constaté par les forces de l'ordre n'étaient pas assurés. En 2025, le FGAO a versé 132,1 millions d'euros d'indemnités à près de 7 500 victimes. Pour un responsable non assuré, la dette envers le Fonds le suit pendant des années.
Pourquoi passer par le Cabinet Devorsine
Le Cabinet Devorsine est courtier indépendant depuis 1909 : mandataire de ses clients, jamais des assureurs, il défend exclusivement les intérêts de l'entreprise assurée dans la négociation des contrats flotte comme dans le règlement des sinistres. Sa gestion de sinistres en propre, depuis ses bureaux de Nantes, Vannes et Paris, garantit un interlocuteur unique qui suit chaque dossier jusqu'à son terme. Spécialiste des flottes de 50 véhicules et plus, le Cabinet Devorsine réalise des audits de sinistralité qui cartographient le parc, identifient les trous de garantie entre RC circulation et RC exploitation et pilotent le S/P pour peser sur la prime aux échéances.
FAQ
La RC circulation est-elle obligatoire pour un chariot élévateur qui ne sort jamais de l'entrepôt ?
L'article L211-1 vise tout véhicule automoteur destiné à circuler sur le sol, et la jurisprudence applique le régime des accidents de la circulation dès que l'engin se déplace, y compris sur des sites privés dans de nombreux cas. Un chariot cantonné à un site strictement clos peut relever de la RC exploitation, mais dès qu'il est susceptible d'emprunter une voie ouverte à la circulation, l'assurance RC automobile s'impose. Faites arbitrer chaque engin explicitement au contrat.
Que risque une entreprise dont un véhicule circule sans assurance ?
Le défaut d'assurance est un délit puni de 3 750 euros d'amende (article L324-2 du code de la route), avec peines complémentaires possibles : suspension ou annulation du permis, confiscation du véhicule. Une première infraction peut être traitée par amende forfaitaire délictuelle de 500 euros (400 euros minorée, 1 000 euros majorée). Surtout, en cas d'accident, le FGAO indemnise les victimes puis se retourne contre le responsable pour la totalité des sommes versées.
La carte verte existe-t-elle encore ?
Non pour les véhicules immatriculés en France : depuis le 1er avril 2024, la carte verte et la vignette ont été supprimées. La preuve d'assurance résulte du Fichier des Véhicules Assurés (FVA), que les forces de l'ordre consultent à partir de l'immatriculation. L'assureur remet un mémo véhicule assuré, valant présomption d'assurance pendant les quinze premiers jours du contrat. Pour une flotte, cela impose de déclarer chaque mouvement de parc sans délai.
Quelle est la différence entre RC circulation et RC exploitation ?
La RC circulation couvre les dommages causés aux tiers par un véhicule dans sa fonction de déplacement ; elle est obligatoire et régie par le code des assurances et la loi Badinter. La RC exploitation couvre les dommages causés aux tiers par l'activité de l'entreprise, notamment par un engin utilisé dans sa fonction d'outil (levage, terrassement). Un même engin relève des deux régimes selon l'usage au moment du dommage, d'où la nécessité d'articuler précisément les deux contrats.
Les passagers et les salariés transportés sont-ils couverts ?
Oui. Les passagers du véhicule assuré sont des tiers au sens de l'article L211-1 et sont indemnisés par la RC circulation, y compris les salariés transportés (sous réserve de l'articulation avec la législation accidents du travail). En revanche, le conducteur responsable n'est pas un tiers : ses dommages corporels ne sont pris en charge que par une garantie protection du conducteur, à souscrire systématiquement dans un contrat flotte.
Sources
- [Article L211-1 du code des assurances (Légifrance)](https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000048523650)
- [Article L324-2 du code de la route (Légifrance)](https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000033460260)
- [Arrêté du 16 mars 2022 relatif aux plafonds de couverture de l'assurance de responsabilité civile automobile (Légifrance)](https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000045381717)
- [Article R211-7 du code des assurances (Légifrance)](https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006812124/)
- [Suppression de la carte verte au 1er avril 2024 (economie.gouv.fr)](https://www.economie.gouv.fr/actualites/assurance-automobile-suppression-carte-verte-avril-2024)
- [Fin de la carte verte et de la vignette (Ministère de l'Intérieur)](https://www.interieur.gouv.fr/actualites/communiques-de-presse/a-compter-du-1er-avril-2024-carte-verte-et-vignette-disparaissent)
- [Baromètre de la non-assurance routière 2026, données 2025 (fondsdegarantie.fr)](https://www.fondsdegarantie.fr/sites/default/files/documents/2026-06/2026_Baro_NNAssurance_siteinternet.pdf)
- [Contrôle de la non-assurance par le contrôle automatisé (securite-routiere.gouv.fr)](https://www.securite-routiere.gouv.fr/actualites/controle-de-la-non-assurance-partir-du-systeme-de-controle-automatise)
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