L'essentiel en 3 points
- L'assurance pertes d'exploitation indemnise la perte de marge brute (chiffre d'affaires moins charges variables) subie par une entreprise dont l'activité est interrompue ou réduite à la suite d'un dommage matériel garanti, comme un incendie ou un dégât des eaux.
- La garantie n'est pas obligatoire, mais lorsqu'elle est souscrite, elle est automatiquement étendue aux effets des catastrophes naturelles en application de l'article L125-1 du Code des assurances, avec une franchise réglementaire de trois jours ouvrés et un minimum de 1 140 euros.
- Les deux paramètres décisifs sont la marge brute déclarée à l'assureur et la période d'indemnisation (au minimum douze mois en cas d'incendie ou d'explosion selon France Assureurs), qui doit couvrir le temps réel de reconstruction et de retour au niveau d'activité antérieur.
Définition : qu'est-ce que l'assurance pertes d'exploitation ?
L'assurance pertes d'exploitation est une garantie qui compense les conséquences financières de l'interruption ou de la réduction d'activité d'une entreprise après un dommage matériel couvert par son contrat (incendie, explosion, dégât des eaux, tempête, bris de machine selon les extensions). Elle indemnise la perte de marge brute et rembourse les frais supplémentaires engagés pour maintenir l'activité, afin de replacer l'entreprise dans la situation financière qui aurait été la sienne sans le sinistre.
Concrètement, quand un atelier brûle ou qu'un entrepôt est inondé, l'assurance de dommages aux biens paie la reconstruction des murs, du matériel et des stocks. Mais pendant les travaux, les charges fixes continuent de courir (salaires, loyers, échéances d'emprunt) alors que le chiffre d'affaires s'effondre. C'est cet écart que la garantie comble. Selon France Assureurs, elle couvre la perte consécutive à l'impossibilité de compenser ses charges fixes et de générer du résultat du fait de la baisse du chiffre d'affaires causée par l'interruption ou la réduction de l'activité : c'est la perte de marge brute, définie comme le chiffre d'affaires diminué des charges variables.
La marge brute d'assurance ne correspond donc pas à la marge commerciale au sens comptable courant. Elle se détermine à partir du compte de résultat, comme la différence entre les produits d'exploitation et les charges variables d'exploitation. Une déclaration établie sur une mauvaise définition conduit à une sous-assurance ou à une sur-assurance, avec des conséquences directes sur l'indemnisation.
Cadre légal : une garantie contractuelle, avec une extension légale en catastrophe naturelle
L'assurance pertes d'exploitation est une garantie facultative et contractuelle : aucun texte n'impose à une entreprise de la souscrire. Son contenu (base de calcul, période d'indemnisation, franchises, extensions) relève de la liberté contractuelle entre l'assuré et l'assureur, d'où l'importance d'une lecture attentive des conditions du contrat.
Il existe toutefois un ancrage légal important : le régime des catastrophes naturelles. L'article L125-1 du Code des assurances prévoit que si l'assuré est couvert contre les pertes d'exploitation, cette garantie est étendue aux effets des catastrophes naturelles, dans les conditions du contrat. Une entreprise assurée en pertes d'exploitation bénéficie donc automatiquement de la garantie après un arrêté de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle (inondation, mouvement de terrain, sécheresse notamment).
Dans ce cadre, les clauses types annexées à l'article A125-1 du Code des assurances (issues de l'arrêté du 30 décembre 2022, applicable depuis le 1er janvier 2024) prévoient une franchise spécifique : l'assuré conserve à sa charge la part d'indemnité correspondant à trois jours ouvrés d'interruption ou de réduction d'activité, avec un minimum de 1 140 euros. Si la franchise du contrat est supérieure, c'est elle qui s'applique.
Qui est concerné ? Toute entreprise dont l'arrêt d'activité ne serait pas absorbable par la trésorerie : industriels, négociants, transporteurs, hôteliers, restaurateurs, commerçants. Plus les charges fixes sont élevées et l'outil de production difficile à reconstituer, plus la garantie est stratégique. Pour une PME ou une ETI dont l'activité repose sur un site unique, elle fait souvent la différence entre une reprise et une cessation d'activité.
Ce que couvre le contrat
La perte de marge brute
C'est le cœur de la garantie. L'assureur indemnise la marge brute que l'entreprise n'a pas pu dégager pendant la période d'indemnisation, du fait de la baisse du chiffre d'affaires imputable au sinistre. Le calcul s'appuie sur la marge brute déclarée et sur l'évolution prévisible de l'activité au moment du sinistre.
Les frais supplémentaires d'exploitation
Le contrat rembourse les frais supplémentaires engagés, en accord avec l'assureur, pour limiter les conséquences du sinistre : location de locaux ou de matériel de remplacement, installations provisoires, recours à des fabrications extérieures, frais exceptionnels de transport ou de main-d'œuvre. Ces dépenses réduisent la perte finale : mieux vaut financer une solution de repli que de laisser la clientèle partir chez un concurrent.
Les honoraires d'experts
La plupart des contrats prennent en charge les honoraires de l'expert d'assuré, qui assiste l'entreprise face à l'expert de la compagnie pour chiffrer la perte de marge brute. Sur un sinistre où le débat porte sur des projections d'activité, cette assistance est déterminante.
Les extensions utiles
Plusieurs extensions méritent d'être étudiées au cas par cas :
- Carence des fournisseurs et des clients : la garantie joue lorsque l'interruption résulte d'un sinistre survenu chez un fournisseur, un sous-traitant ou un client important, et non dans les locaux de l'assuré.
- Impossibilité d'accès : couverture lorsque l'accès aux locaux est rendu impossible (sinistre chez un voisin, décision administrative consécutive à un événement garanti à proximité).
- Perte de la valeur vénale du fonds de commerce : pour les commerçants, France Assureurs rappelle qu'une garantie spécifique peut couvrir la dépréciation, voire la disparition, du fonds lorsque le sinistre empêche durablement la réinstallation (perte du droit au bail, de la clientèle attachée à l'emplacement).
- Pertes d'exploitation après bris de machine : indispensable pour les industriels dont la production dépend d'une machine critique à long délai de remplacement.
Ce que le contrat ne couvre pas : exclusions courantes
La logique de la garantie repose sur un principe simple : pas de dommage matériel garanti, pas d'indemnisation des pertes d'exploitation. Il en découle plusieurs zones non couvertes qu'un dirigeant doit connaître :
- Les pertes d'exploitation sans dommage matériel : grève, défaillance d'un client, perte d'un marché, cyberattaque sans dommage physique (c'est le rôle d'un contrat cyber dédié), coupure de réseau sans sinistre garanti chez l'assuré.
- Les fermetures administratives sanitaires et pandémies : sauf extension expresse, les pertes liées à une épidémie ou à une fermeture administrative générale ne sont pas couvertes. Le contentieux né des fermetures de 2020 a conduit les assureurs à exclure explicitement ce risque dans la plupart des contrats.
- Les événements exclus de la garantie dommages de base : si un événement non garanti détruit le site, la garantie pertes d'exploitation ne se déclenche pas.
- Les pénalités contractuelles, amendes et pertes de marché au-delà de la période d'indemnisation : le contrat compense la marge brute perdue pendant la période convenue, pas tout le préjudice commercial à long terme.
- La part de perte imputable à des causes étrangères au sinistre : une baisse d'activité qui serait survenue de toute façon (marché en repli) est déduite du calcul.
Comment se calcule la prime ?
La prime d'une assurance pertes d'exploitation dépend de quatre familles de paramètres :
- La marge brute déclarée : c'est l'assiette de la garantie, calculée à partir du dernier exercice connu et ajustée de la croissance attendue, puisque le sinistre indemnisé portera sur une activité future.
- La période d'indemnisation : durée maximale d'indemnisation, généralement 12, 18 ou 24 mois. France Assureurs indique qu'elle est au minimum de douze mois en cas d'incendie ou d'explosion. Plus elle est longue, plus la prime est élevée, mais plus la protection est réaliste.
- Les franchises : le plus souvent exprimées en jours d'interruption, parfois en montant. En catastrophe naturelle, la franchise réglementaire de trois jours ouvrés avec un minimum de 1 140 euros s'applique, sauf franchise contractuelle supérieure.
- La nature de l'activité et la qualité du risque : secteur, dépendance à un site ou à une machine unique, prévention incendie, plan de continuité d'activité, sinistralité passée. Un plan de reprise crédible se négocie dans la prime.
À noter sur le plan fiscal : les primes couvrant les risques d'exploitation sont des charges déductibles et, symétriquement, l'indemnité pertes d'exploitation est un produit imposable. Le BOFiP (BOI-BIC-PDSTK-10-30-20) précise que les indemnités qui ne se rattachent pas à un élément de l'actif immobilisé sont comprises dans les bénéfices d'exploitation imposables au taux normal. Anticipez cet effet de trésorerie fiscale avec votre expert-comptable.
Les pièges à éviter à la souscription : le regard du courtier
Les litiges naissent presque toujours à la souscription, pas au sinistre. Quatre points de vigilance :
- Déclarer la bonne marge brute, selon la définition du contrat. Chaque assureur définit contractuellement la marge brute (postes inclus ou exclus, traitement des charges de personnel). Une déclaration établie sur la marge comptable au lieu de la marge brute d'assurance fausse tout : le calcul doit être fait poste par poste, avec l'expert-comptable de l'entreprise.
- Se méfier de la règle proportionnelle. Si la marge brute déclarée est inférieure à la marge brute réelle au jour du sinistre, l'assureur peut réduire l'indemnité dans la même proportion. Une entreprise en croissance qui n'actualise pas sa déclaration se retrouve sous-assurée au pire moment.
- Activer la clause d'ajustabilité. La plupart des contrats d'entreprise comportent une clause qui majore automatiquement la marge brute déclarée (couramment de 20 % selon les pratiques décrites par France Assureurs), moyennant régularisation de prime en fin d'exercice. Elle absorbe la croissance et neutralise en grande partie le risque de règle proportionnelle : vérifiez qu'elle figure au contrat.
- Dimensionner la période d'indemnisation sur le temps réel de reconstruction. Douze mois suffisent rarement pour un site industriel : permis de construire, délais de livraison des machines, re-certifications, reconquête commerciale. Entre le sinistre et le retour au niveau d'activité antérieur, 18 à 24 mois sont souvent nécessaires.
Exemple qualitatif : un fabricant agroalimentaire subit un incendie de son atelier de conditionnement, reconstruit en quatorze mois. Avec une période d'indemnisation de douze mois, les deux derniers mois de travaux et toute la remontée en cadence commerciale restent à sa charge. Avec vingt-quatre mois et une extension frais supplémentaires finançant une ligne sous-traitée, la clientèle est conservée et la marge brute compensée jusqu'au retour à la normale. Même sinistre, deux issues très différentes : tout se joue dans la rédaction du contrat.
Dernier point pratique : en application de l'article L121-18 du Code des assurances, l'assureur doit présenter une offre d'indemnisation dans les deux mois suivant la déclaration de sinistre (six mois si une expertise est nécessaire), puis verser l'indemnité dans les vingt et un jours suivant l'accord de l'assuré. Un dossier de marge brute préparé en amont accélère d'autant le règlement.
Pourquoi passer par le Cabinet Devorsine ?
Le Cabinet Devorsine, courtier indépendant fondé à Nantes en 1909, est le mandataire de ses clients, jamais celui des assureurs : le contrat est négocié dans l'intérêt exclusif de l'entreprise assurée. Nos équipes de Nantes, Vannes et Paris accompagnent les PME et ETI du Grand Ouest dans le calcul de la marge brute d'assurance, le choix de la période d'indemnisation et la négociation des extensions utiles. Surtout, le Cabinet Devorsine gère les sinistres en propre : notre équipe monte le dossier de perte de marge brute et défend le chiffrage face à l'expert de la compagnie, jusqu'au règlement.
FAQ
L'assurance pertes d'exploitation est-elle obligatoire ?
Non. C'est une garantie contractuelle facultative, généralement souscrite en complément d'une multirisque entreprise. Elle est en revanche fortement recommandée dès que l'entreprise supporte des charges fixes significatives ou dépend d'un outil de production difficile à reconstituer. Une fois souscrite, elle est automatiquement étendue aux catastrophes naturelles en application de l'article L125-1 du Code des assurances.
Comment se calcule la marge brute à assurer ?
La marge brute d'assurance correspond à la différence entre les produits d'exploitation et les charges variables d'exploitation, déterminée à partir du compte de résultat selon la définition propre à chaque contrat. On part du dernier exercice connu, ajusté de la croissance attendue et du contexte économique, car l'indemnité portera sur une activité future. Le calcul doit être validé avec l'expert-comptable et le courtier.
La garantie couvre-t-elle une catastrophe naturelle comme une inondation ?
Oui, dès lors que la garantie figure au contrat : l'article L125-1 du Code des assurances l'étend aux effets des catastrophes naturelles reconnues par arrêté. Une franchise réglementaire s'applique : trois jours ouvrés d'interruption d'activité restent à la charge de l'assuré, avec un minimum de 1 140 euros, sauf franchise contractuelle plus élevée.
Que se passe-t-il si la marge brute déclarée est trop faible ?
L'assureur peut appliquer la règle proportionnelle : l'indemnité est réduite dans le rapport entre la marge brute déclarée et la marge brute réelle au jour du sinistre. Une entreprise qui a déclaré 70 % de sa marge réelle ne touchera que 70 % de sa perte. La clause d'ajustabilité, qui majore automatiquement la déclaration avec régularisation de prime, limite fortement ce risque.
L'indemnité pertes d'exploitation est-elle imposable ?
Oui. L'indemnité compense une perte de recettes d'exploitation : elle constitue un produit imposable dans les conditions de droit commun, rattaché aux bénéfices d'exploitation taxés au taux normal, comme le précise le BOFiP (BOI-BIC-PDSTK-10-30-20). Elle ne bénéficie pas du mécanisme d'étalement réservé à certaines indemnités spécifiques. Symétriquement, les primes versées pour cette garantie sont des charges déductibles du résultat.
Sources
- France Assureurs, L'assurance des pertes d'exploitation de l'entreprise : https://www.franceassureurs.fr/lassurance-protege-finance-et-emploie/lassurance-protege/lassurance-en-pratique-pour-les-professionnels/assurance-des-pertes-exploitation-de-entreprise/
- France Assureurs, Commerçants : l'assurance des pertes d'exploitation et de la valeur vénale du fonds de commerce : https://www.franceassureurs.fr/lassurance-protege-finance-et-emploie/lassurance-protege/lassurance-en-pratique-pour-les-professionnels/commercants-assurance-des-pertes-exploitation-et-de-la-valeur-venale-du-fonds-de/
- Légifrance, Code des assurances, article L125-1 : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000018032948/
- Légifrance, Code des assurances, annexe II à l'article A125-1 (clauses types catastrophes naturelles, franchise pertes d'exploitation) : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000019235498/2023-02-28
- Légifrance, arrêté du 30 décembre 2022 relatif aux franchises applicables aux contrats mentionnés à l'article L125-1 : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000046846516
- BOFiP, BIC, Produits exceptionnels, Indemnités (BOI-BIC-PDSTK-10-30-20) : https://bofip.impots.gouv.fr/bofip/2080-PGP.html/identifiant=BOI-BIC-PDSTK-10-30-20-20160302
- Service Public Entreprendre, Assurances de l'entreprise (fiche vérifiée le 7 juillet 2026, délais d'indemnisation, article L121-18) : https://entreprendre.service-public.gouv.fr/vosdroits/F23667
Maillage interne suggéré
- Pôle Entreprises du Cabinet Devorsine : /poles/entreprises.html
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