L'essentiel en 3 points
- L'assurance Dommages-Ouvrage (DO) doit être souscrite avant l'ouverture du chantier par celui qui fait construire (propriétaire, maître d'ouvrage, vendeur, promoteur ou mandataire) : elle préfinance, sans recherche de responsabilité, la réparation des dommages relevant de la garantie décennale (article L.242-1 du Code des assurances).
- En cas de sinistre, l'assureur DO dispose de 60 jours à compter de la déclaration pour notifier sa position sur la garantie, et de 90 jours pour présenter une offre d'indemnité ; l'indemnité acceptée est versée sous 15 jours.
- Le défaut de souscription est un délit puni de 6 mois d'emprisonnement et de 75 000 € d'amende (article L.243-3), sauf pour le particulier construisant un logement pour lui-même ou sa famille et pour les personnes morales de droit public.
Définition : qu'est-ce que l'assurance Dommages-Ouvrage ?
L'assurance Dommages-Ouvrage est une assurance de choses, obligatoire, souscrite par celui qui fait réaliser des travaux de construction. Elle paie rapidement la réparation des désordres de nature décennale (atteinte à la solidité, impropriété à destination), sans attendre qu'un juge détermine les responsabilités. L'assureur DO indemnise d'abord, puis exerce son recours contre les constructeurs responsables et leurs assureurs décennale.
C'est la seconde jambe du système créé par la loi Spinetta du 4 janvier 1978 : la décennale couvre la responsabilité des constructeurs, la DO protège le maître d'ouvrage et les propriétaires successifs contre la lenteur des procédures. Sans DO, un maître d'ouvrage confronté à un désordre grave doit engager une action contre les constructeurs et attendre l'issue d'expertises souvent longues. Avec la DO, la réparation est préfinancée dans des délais courts, encadrés par la loi. Pour un promoteur, un vendeur ou un maître d'ouvrage professionnel, elle conditionne aussi la revente : en cas de vente dans les 10 ans, l'existence ou l'absence des assurances obligatoires doit être mentionnée dans l'acte.
Le cadre légal : article L.242-1 du Code des assurances
- Article L.242-1 du Code des assurances : toute personne physique ou morale qui, agissant en qualité de propriétaire de l'ouvrage, de vendeur ou de mandataire du propriétaire, fait réaliser des travaux de construction, doit souscrire avant l'ouverture du chantier une assurance garantissant, en dehors de toute recherche des responsabilités, le paiement de la totalité des travaux de réparation des dommages de la nature de ceux dont sont responsables les constructeurs au sens de l'article 1792-1 du Code civil, sur le fondement des articles 1792 et 1792-2.
- Qui est assujetti : le propriétaire de l'ouvrage, le vendeur, le promoteur immobilier, le mandataire du propriétaire, qu'il s'agisse d'un particulier ou d'une entreprise, pour son compte ou celui des propriétaires successifs.
- Sanctions (article L.243-3) : la non-souscription d'une assurance obligatoire est un délit passible de 6 mois d'emprisonnement et de 75 000 € d'amende au plus, ou de l'une de ces deux peines seulement. Ces sanctions ne s'appliquent ni au particulier construisant un logement pour l'occuper lui-même ou le faire occuper par son conjoint, ses ascendants, ses descendants ou ceux de son conjoint, ni aux personnes morales de droit public. Attention : l'absence de sanction pénale ne supprime pas les conséquences civiles, notamment la responsabilité personnelle du vendeur non assuré envers l'acquéreur pendant 10 ans.
- Refus d'assurance : si aucun assureur n'accepte le risque, le maître d'ouvrage peut saisir le Bureau central de tarification (BCT), qui fixe le tarif auquel l'assureur choisi devra garantir l'opération.
- Clauses-types : le contenu du contrat est encadré par les clauses-types de l'annexe II de l'article A.243-1 du Code des assurances, qui s'imposent à tous les contrats DO.
Ce que couvre l'assurance Dommages-Ouvrage
- Les dommages de nature décennale : malfaçons qui affectent la solidité de l'ouvrage ou le rendent inhabitable ou impropre à sa destination (fissures importantes, effondrement de toiture, affaissements).
- Les dommages affectant la solidité des éléments d'équipement indissociables des ouvrages de viabilité, de fondation, d'ossature, de clos et de couvert (canalisations encastrées, par exemple), au sens de l'article 1792-2 du Code civil.
- Les dommages non apparents à la réception ; les désordres apparents ayant fait l'objet de réserves à la réception peuvent également être pris en charge lorsque l'entrepreneur, mis en demeure, ne les répare pas.
- La période de garantie : la DO joue à compter de l'expiration de la garantie de parfait achèvement (article 1792-6 du Code civil), soit 1 an après la réception, et prend fin 10 ans après la réception, en même temps que la décennale. Elle couvre donc 9 ans en régime de croisière, avec deux extensions : avant réception, en cas de mise en demeure restée infructueuse après résiliation du marché, et pendant l'année de parfait achèvement, en cas de carence de l'entrepreneur mis en demeure.
- Sans franchise pour le bénéficiaire : en dommages-ouvrage, aucune franchise n'est opposable au bénéficiaire de l'indemnité.
Point clé : la DO indemnise sans recherche de responsabilité. C'est ensuite l'assureur DO qui se retourne contre les constructeurs et leurs assureurs RC Décennale.
Ce qu'elle ne couvre pas : exclusions des clauses-types
Les clauses-types prévoient que la garantie ne s'applique pas aux dommages résultant :
- du fait intentionnel ou du dol du souscripteur ou de l'assuré ;
- de l'usure normale, du défaut d'entretien ou de l'usage anormal de l'ouvrage ;
- de la cause étrangère : force majeure, fait d'un tiers, faute du maître d'ouvrage.
Ne relèvent pas non plus de la DO : les désordres sans gravité décennale (désordres esthétiques, désordres intermédiaires), les dommages relevant de la seule garantie biennale de bon fonctionnement, les dommages immatériels purs (sauf extensions facultatives du contrat) et les dommages aux existants non concernés par les travaux (sauf garanties complémentaires).
La procédure de sinistre DO : des délais stricts, en jours calendaires
C'est la grande force du dispositif. Tous les délais courent à compter de la réception de la déclaration de sinistre par l'assureur et se comptent en jours calendaires :
- Déclaration : le contrat fixe le délai de déclaration, qui ne peut être inférieur à 5 jours ouvrés à compter de la connaissance du sinistre. Elle s'effectue par lettre recommandée avec avis de réception (ou envoi électronique équivalent).
- 10 jours : délai dont dispose l'assureur pour réclamer les renseignements manquants d'une déclaration incomplète.
- 60 jours : à compter de la déclaration complète, l'assureur doit faire expertiser les dommages, communiquer le rapport d'expertise et notifier sa position sur le principe de la garantie. Pour les dommages estimés à moins de 1 800 €, l'expertise n'est pas obligatoire et l'assureur répond sous 15 jours.
- 90 jours : délai maximal pour présenter une offre d'indemnité, éventuellement à caractère provisionnel. En cas de difficultés exceptionnelles liées à la nature ou à l'importance du sinistre, l'assureur peut proposer, avec l'accord de l'assuré, un délai supplémentaire qui ne peut excéder 135 jours.
- 15 jours : délai de paiement de l'indemnité après acceptation de l'offre.
- Sanction des retards : si l'assureur ne respecte pas les délais ou propose une offre manifestement insuffisante, l'assuré peut, après l'en avoir informé, engager les dépenses de réparation ; l'indemnité est alors majorée de plein droit d'un intérêt égal au double du taux de l'intérêt légal.
- Offre jugée insuffisante : l'assuré peut obtenir une avance forfaitaire au moins égale aux trois quarts du montant de l'indemnité proposée, versée en une fois sous 15 jours, à valoir sur l'indemnité définitive.
L'indemnité doit être affectée à la remise en état effective de l'ouvrage ; l'assureur peut demander la justification des travaux réalisés.
Comment se calcule la prime Dommages-Ouvrage ?
La prime DO est une prime unique, payée à la souscription pour toute la durée de la garantie. Les paramètres de tarification usuels sont :
- Le coût total de construction (assiette de la prime, avec régularisation possible sur le coût définitif) ;
- La nature et la destination de l'ouvrage : maison individuelle, logement collectif, tertiaire, réhabilitation lourde, technicité particulière ;
- La qualité des intervenants : présence d'un maître d'œuvre ou d'un architecte, attestations décennale de toutes les entreprises, qualifications ;
- Les études préalables : étude de sol, contrôle technique (souvent exigé au-delà de certains montants ou pour les opérations complexes) ;
- Les garanties complémentaires souscrites : bon fonctionnement, dommages immatériels consécutifs, dommages aux existants ;
- L'historique de l'opération : travaux sur existant, sinistralité du site, mode constructif.
Les pièges à éviter
- Souscrire après l'ouverture du chantier. La loi impose une souscription avant l'ouverture du chantier ; une souscription tardive est difficile, coûteuse, et laisse une période à découvert.
- Faire construire sans DO pour « économiser » la prime. Outre le risque pénal pour les professionnels, la vente du bien dans les 10 ans devient problématique : l'absence d'assurance doit être mentionnée à l'acte, les acquéreurs et leurs notaires la refusent souvent, et le vendeur reste personnellement responsable des désordres décennaux.
- Négliger la collecte des attestations décennale des entreprises. L'assureur DO exercera ses recours contre les constructeurs : un chantier réalisé avec des entreprises non assurées se traduit par des primes majorées, des refus de souscription ou des difficultés d'indemnisation.
- Mal déclarer le sinistre. Une déclaration incomplète fait courir le délai de 10 jours de demande de compléments et retarde toute la procédure. Il faut décrire précisément les désordres, leur localisation et leur date d'apparition, par recommandé.
- Accepter une offre sans la faire analyser. L'offre doit couvrir la totalité des travaux de réparation des dommages garantis. Un accompagnement technique (courtier, expert d'assuré) permet de vérifier son caractère suffisant, et de déclencher le mécanisme de l'avance des trois quarts en cas d'offre insuffisante.
Exemple concret : les délais en pratique
Un maître d'ouvrage constate des fissures traversantes deux ans après la réception. Il déclare le sinistre le 1er mars. L'assureur DO a jusqu'au 30 avril (60 jours) pour lui communiquer le rapport d'expertise et notifier sa position, et jusqu'au 30 mai (90 jours) pour présenter son offre d'indemnité. S'il accepte l'offre, le paiement intervient sous 15 jours. Si l'assureur laisse passer les délais, le maître d'ouvrage peut engager les travaux après l'en avoir informé, et l'indemnité est majorée d'un intérêt égal au double du taux de l'intérêt légal (délais fixés par l'article L.242-1 du Code des assurances et détaillés sur service-public.gouv.fr).
Pourquoi passer par le Cabinet Devorsine
Le Cabinet Devorsine accompagne depuis 1909 les maîtres d'ouvrage, promoteurs et entreprises du Grand Ouest dans le placement de leurs polices Dommages-Ouvrage. Courtier indépendant, mandataire du client et jamais de l'assureur, nous structurons le dossier technique (attestations des entreprises, contrôle technique, étude de sol) pour obtenir les meilleures conditions du marché. Et parce que la DO se joue au sinistre, notre service sinistres gère vos déclarations en propre et fait respecter les délais de 60 et 90 jours imposés aux assureurs.
FAQ
L'assurance Dommages-Ouvrage est-elle obligatoire ?
Oui. L'article L.242-1 du Code des assurances impose à celui qui fait réaliser des travaux de construction (propriétaire, vendeur, promoteur, mandataire) de souscrire une DO avant l'ouverture du chantier. Le défaut de souscription est pénalement sanctionné, sauf pour le particulier construisant pour lui-même ou sa famille, qui reste toutefois exposé à de lourdes conséquences civiles, notamment en cas de revente.
Quels sont les délais de réponse de l'assureur Dommages-Ouvrage ?
À compter de la déclaration complète du sinistre, l'assureur a 60 jours calendaires pour notifier sa position sur la garantie après expertise, puis 90 jours au total pour présenter une offre d'indemnité. Après acceptation, le paiement intervient sous 15 jours. En cas de dépassement, l'indemnité est majorée d'un intérêt égal au double du taux de l'intérêt légal.
Quand commence et quand finit la garantie Dommages-Ouvrage ?
La DO prend effet à l'expiration de la garantie de parfait achèvement, soit 1 an après la réception des travaux, et s'éteint 10 ans après la réception. Elle peut jouer plus tôt, notamment pendant l'année de parfait achèvement lorsque l'entrepreneur mis en demeure ne répare pas les désordres, ou pour les dommages réservés à la réception.
La DO couvre-t-elle les malfaçons esthétiques ?
Non. La DO préfinance uniquement les dommages de nature décennale : atteinte à la solidité de l'ouvrage ou impropriété à sa destination, y compris via les éléments d'équipement indissociables. Les défauts esthétiques, les désordres mineurs et les dysfonctionnements d'équipements dissociables relèvent d'autres garanties (parfait achèvement, biennale, responsabilité contractuelle de droit commun).
Qui bénéficie de la Dommages-Ouvrage en cas de vente du bien ?
La DO est attachée à l'ouvrage et se transmet aux propriétaires successifs. En cas de sinistre survenant après la vente, c'est l'acquéreur, bénéficiaire de l'assurance, qui déclare le sinistre à l'assureur DO. C'est pourquoi l'existence ou l'absence des assurances obligatoires doit être mentionnée dans l'acte de vente d'un bien de moins de 10 ans.
Sources
- [Article L.242-1 du Code des assurances, Légifrance](https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000019265425)
- [Assurance dommages-ouvrage, service-public.gouv.fr (fiche F2032)](https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F2032)
- [Annexe II de l'article A.243-1 du Code des assurances (clauses-types), Légifrance](https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000036754214)
- [Article L.243-3 du Code des assurances, Légifrance](https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006796023)
- [Garantie décennale des constructeurs, service-public.gouv.fr (fiche F2034)](https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F2034)
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